Femmes au puits de Paul Signac 1892
Le puits
Le puits profond
était poli comme un miroir ;
Le ciel s'y reflétait tout bleu, pur de nuages,
Formant d'azur et or un nimbe aux frais visages
Des amoureux penchés et ravis de s'y voir.
Sur le riant cristal encadré d'un mur
noir
Se jouaient leurs yeux vifs en mille badinages ;
Lancés du bout des doigts, entre ces deux images
Les baisers voltigeaient dans le sombre couloir.
Voici qu'aux doux signaux et qu'à l'oeillade
folle
La source en bouillonnant vient couper la
parole :
Du flot qui les traduit le sourire est moins clair...
Mais pour mieux se parler dans ces brèves
tempêtes,
Mélant leurs cheveux blonds, ils rapprochaient leurs têtes,
Et les baisers cessaient de se perdre
dans l'air.
Victor de Laprade
(1812-1883)